Entretien Maïssa Elydja Olivier 2026

Avec Maïssa Elydja Olivier

Entretien réalisé par Zoé Giraud

Peux-tu me parler de ta découverte de Nouveaux Rêves ? Tu as d’abord intégré le festival en tant que réalisatrice en présentant ton court-métrage l’année dernière, c’est ça ?

Oui, exactement. J’ai réalisé Rita et Adam dans le cadre de ma troisième année à la CinéFabrique, une école de cinéma gratuite à Lyon. C’est une école où tout le monde peut proposer un projet : on soumet un dossier, on pitch devant un jury, et si le projet est retenu, on peut le réaliser. En troisième année, on doit réaliser un film de fin d’études avec un budget plus conséquent. Rita et Adam a été sélectionné et a ensuite fait plusieurs festivals, dont Nouveaux Rêves.

C’était le troisième festival où nous montrions le film. Avant celui-ci, nous avions fait Mâcon, un festival non compétitif pour les films d’écoles, et Ciné Banlieue. À Mâcon, c’est particulier : on y passe la journée, on rencontre des jeunes passionnés de cinéma. À Ciné Banlieue, c’est plus étalé sur plusieurs jours, avec une remise de prix à la fin.

Et ça raconte quoi, Rita et Adam ?

C’est l’histoire de deux meilleurs amis, Rita et Adam, originaires du quartier des Minguettes, en banlieue lyonnaise. Rita rêve de devenir actrice depuis toujours et s’apprête à passer un casting pour un long-métrage qui va se tourner dans la région. Sauf qu’Adam, son meilleur ami, trouve ce projet problématique : c’est une équipe de Blancs, issus de la bourgeoisie parisienne, qui veut faire un film sur des jeunes de quartier, sans vraiment les connaître. Le film explore cette tension entre leurs ambitions et leurs racines.

Es-tu toi-même originaire de Lyon ? Et comment as-tu procédé pour le casting ? As-tu fait jouer des connaissances de ton quartier et des amis ?

Oui, je viens des Minguettes. Pour le casting, j’ai d’abord essayé des castings sauvages, mais c’était compliqué. Puis j’ai rencontré Jassim Roula, un jeune de Villeurbanne (un autre quartier de Lyon). Il n’avait jamais joué avant, mais on a vraiment accroché. Il a fini par incarner Adam. Pour Rita, j’ai casté Inès Boukelifa, qui avait déjà un peu d’expérience. Elle a notamment joué dans des films comme Les Segpa et récemment dans La Petite Cuisine de Mehdi.

Inès n’était pas lyonnaise et ne connaissait pas nos codes, notre façon de parler. Jim, lui, la guidait sur le langage et les expressions locales, tandis qu’elle lui apportait des techniques de jeu. Ça a créé un vrai duo, très naturel. J’aurais aimé caster quelqu’un de mon quartier pour Rita, mais Inès était parfaite. Et j’ai aussi fait jouer des amis, des gens avec qui j’ai grandi, même à la technique. Mon frère a même prêté sa voix à un moment !

L’identité lyonnaise était importante pour moi dans ce film. Le langage, les expressions, l’accent… C’était essentiel pour moi. Même si Inès n’était pas du coin, Jim a su l’aider à s’imprégner de cette culture. Et puis, Inès a gagné le prix d’interprétation féminine à Mâcon, c’était génial !

Comment Rita et Adam a atterri à Nouveaux Rêves ?

C’est Naomie Leloup-Bariout, une amie de la CinéFabrique et productrice du film, qui s’en est occupée. Elle a géré toute la distribution. Moi, je ne suivais pas trop les envois… Un jour, elle m’a dit : « On est pris à Nouveaux Rêves ! ». Lucie, la fondatrice du festival, m’a aussi envoyé un mail directement. C’était une belle surprise !

Qu’as-tu pensé en découvrant la programmation du festival, dont faisait partie ton court-métrage ?

Les films étaient très variés : de l’expérimental, des documentaires, des fictions… Il y avait peut-être un thème récurrent autour de l’amitié, mais sinon, c’était très éclectique. Moi, je ne suis pas trop fan de l’expérimental, mais j’ai adoré découvrir des univers différents.

Comment es-tu devenue membre du comité de sélection du festival Nouveaux Rêves ?

Après la projection de Rita et Adam, j’ai beaucoup discuté avec Lucie, la co-fondatrice, et Chriss, un autre membre du comité. On a échangé sur nos visions du cinéma, nos envies de raconter des histoires… Quelques mois plus tard, Lucie m’a proposé de rejoindre le comité. J’ai dit oui sans hésiter : c’était l’occasion de découvrir l’envers du décor des festivals.

En tant que membre du comité de sélection, en quoi consiste ton rôle ?

Il y a trois tours de sélection. Les films sont envoyés via la plateforme Shortfilmdepot par les producteurs ou réalisateurs. Chaque membre du comité en regarde une partie, les note, laisse des commentaires, et décide s’ils passent au tour suivant. Moi, je recevais parfois 10 films par tour, mais comme les envois sont continus, on peut se retrouver avec 20 ou 30 films en 2 jours ! Au total, le festival reçoit plus de 500 films, mais on en regarde environ 200-300 chacun en tout.

C’est très intense ! Il faut gérer son temps. Parfois, je regardais 20 films en 2 jours, en essayant de faire autre chose en parallèle… Et c’est frustrant, parce que des fois, tu notes un film sans avoir le temps de laisser un commentaire. Tu te dis : « Peut-être que ce film est bon, mais je n’ai pas été réceptive parce que j’en avais enchaîné 40 avant… ». Ça m’a fait réaliser à quel point les refus en festival peuvent être subjectifs : ce n’est pas toujours une question de talent, mais de timing, de goûts, ou même de fatigue des sélectionneurs.

Est-ce que cette expérience t’a changée en tant que réalisatrice ?

Totalement. Avant, quand je recevais un refus, je me remettais en question : « Suis-je nulle ? ». Maintenant, je relativise : derrière chaque décision, il y a des humains, avec leurs contraintes et leurs préférences. Un film peut ne pas plaire à une personne, mais en ravir une autre. C’est normal.

Si l’opportunité se présente, tu aimerais rester dans le comité de sélection l’année prochaine ?

Pourquoi pas ! Si j’ai le temps. Cette année, j’ai dit oui sans trop réfléchir… Mais l’année prochaine, ça dépendra de mes tournages et de mes autres projets. Je ne sais pas si ma place est garantie : certains membres sont là depuis des années, comme Chriss ou Alexis. Moi, j’ai l’impression d’avoir été recrutée un peu par hasard, mais c’est une super expérience.

Que fais-tu en dehors du festival ? Tu continues à faire des films ?

Oui ! J’écris beaucoup en ce moment. À côté, je travaille comme technicienne intermittente sur des plateaux de tournage, grâce à ma formation à la CinéFabrique. Et je fais aussi des ateliers cinéma avec des jeunes de quartiers populaires, à Lyon et Marseille.

J’ai aussi créé une association avec Naomie pour organiser des ateliers cinéma dans les quartiers défavorisés. L’idée, c’est de démocratiser l’accès à la réalisation, surtout pour ceux qui n’ont pas les moyens de faire une école comme la CinéFabrique.

Un dernier mot sur cette aventure ?

Ce qui me marque, c’est de voir à quel point le cinéma, c’est un écosystème. Entre la réalisation, la distribution, la sélection… Tout est lié. Et surtout, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais c’est OK. L’important, c’est de continuer à raconter des histoires qui nous ressemblent.